Plus encore que dans ses précédents livres, Colette Klein exorcise ici ses démons, avec l’acharnement de celui qui veut tout à la fois se souvenir et oublier, se perdre et chercher la lumière.

Son obsession : « Il ne sert à rien de … » qui parcourt Mémoire tuméfiée comme une litanie, au lieu de détourner le lecteur, l’invite à dépasser ses propres limites.

Qui pourrait encore répondre

aux bégaiements de la mémoire ?

Gérard Cléry, dans sa postface, révèle ce que Colette Klein a longtemps enfoui, ce que sa mère lui a transmis du fait de ses origines, ce qu’elle doit aussi dépasser, transmuer :

Il faut se glisser jusqu'à l'hypoderme de ces poèmes, pour les appréhender ! Leur pessimisme, décliné sur le ton de l'oracle, né d’une conscience aiguë, d'une mémoire dévorante, finit par créer une forme de chant sacré, une prière à rebours.

 

Colette Klein est née en septembre 1950 à Paris 3e. Poète et peintre.

Membre du comité de rédaction de la revue Phréatique de 1979 à 2000.

Présidente de l'association Arts et Jalons.

Prix jeune poésie François Villon 1978 - Prix de la Rose d'or 1983.

Mémoire tuméfiée est son 14e livre en poésie.

Elle écrit aussi des nouvelles, des pièces de théâtre et des récits.

Elle a créé en 2008 : « Concerto pour marées et silence, revue » - revue annuelle.

Pour en savoir plus rendez-vous sur :

http://Colette.Klein.monsite-orange.fr

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• Presse :

Avec ce livre grave et troublant, Colette Klein tenter d'exorciser les peurs transmises par une mère qui a souhaité ne rien lui cacher du génocide subi par les membres de sa famille. « Toute une vie est le brouillon d'un rêve resté inachevé », d'un rêve qui peut à tout instant se transformer en cauchemar puisque la conscience est toujours en éveil. Si elle constitue le plus sûr barrage contre l'oubli, elle devient aussi envahissante voire obsessionnelle. Être vigilant, ameuter les vivants, se promettre de ne pas en rester là : voilà qui permet de rester debout avec « ceux qui ne savent pas oublier le fracas de leur enfance ». De nombreux poèmes débutent par « Il ne sert à rien », à la manière d'une litanie comme si l'auteur voulait partir du plus profond pour être sûre de s'élever et de trouver des réponses : « Ils n'ont pas réappris à marcher. / Plus tard peut-être ». On lira avec une attention particulière les énigmatiques lettres à l'ange qui concluent ce livre. Elles constituent une solide fondation face à la troublante question : « Qui pourrait croire encore au miracle de la parole? ». Les poètes assurément et les lecteurs des poètes car tous, autant les uns que les autres, « décryptent le miracle de la beauté ».

Georges Cathalo – juin 2013

* * *

On entre dans la poésie de Colette Klein comme dans un continent chaotique et étincelant. Elle arrache au magma du langage des éclairs fulgurants. Son univers est à la fois ténébreux et incandescent. Il y a dans cette poésie grave et passionnée la trace d’une douleur poignante, une recherche persistante d’un sens à la vie, une volonté d’être au monde et la tentation de n’y être pas. Les images, les métaphores parfois hardies traduisent les visions d’un monde halluciné auquel les tourments et les aspirations d’une femme sont confrontés. Un sombre passé antérieur semble parfois peser lourd dans la gibecière des souvenirs. Mais, sous cette pathétique apparence, il y a une force vitale acharnée, une énergie qui défient les ombres funestes, une aspiration à la lumière, à cette « vie autre » qui est le Graal des poètes, ne serait-ce que par la force libératrice de l’écriture. Les lettres à l’ange, plus apaisées apparemment ont, dans leur fluidité sous la gravité du propos, un charme, une grâce subtilement et diaboliquement angélique.

Maurice Cury

* * *

« Il ne sert à rien de mimer la vie. »

Le fond de l'oeil est noir. Le fond du cœur a même couleur de nuit. Mais les mots qui trahissent une mise en abîme annoncée, sont dotés d’une détermination et d’une dynamique peu communes. Colette Klein vit en phase avec eux et mieux encore, elle leur confère une prise en charge dramatique, une scénographie et une chambre d’échos. Les indices épars d’un jeu de rôles réduit à un partenaire unique, se renvoient inlassablement leurs contenus (peurs, énigmes et interrogations) de sorte que le «·lieu clos·» reste leur unique habitacle·:

« Le lierre cache ses enfants dans le mur, avec les ombres bénies par la pluie. Il gratte la pierre comme s’il voulait atteindre l’ossature du monde. »

Même si le courant textuel s’apparente à une exécution capitale (souvenirs et captations sensibles confondus), l’essence même du poème souligne une réalité seconde qui émerge au fil des pages. Nimbée d’images et de références à la difficile lecture des rêves, la poésie de Colette Klein s’inscrit alors dans la simple beauté. Gérard Cléry s’attarde à cette évidence : « Il faut se glisser jusqu’à l’hypoderme de ces poèmes, pour les appréhender ! Leur pessimisme, décliné sur le ton de l’oracle, né d’une conscience aiguë d’une mémoire dévorante, finit par créer une forme de chant sacré, une prière à rebours. Parures de deuils, chants funèbres, ils convoquent des ombres sans sépultures. »

Nous y voilà. La qualité du chant relève nos peurs, nos médiocrités résiduelles… C’est ce que semble nous confier un poète totalement inféodé à son art et mû par l’énergie du désespoir. Au hasard d’une écriture suggérée plutôt qu’inscrite, par un élément naturel (arbre, pierre, neige, branche), le poète avance des aphorismes qui balisent les contenus de l’écriture :

« Mourir au passé n’existe pas » ; « Il ne sert à rien de fermer les yeux pour tomber en songe » ; « Oublier c'est disparaître ».

En s’appliquant à suivre le cours de « la vie somnambule », le lecteur ne peut manquer de faire écho à sa propre quête de sens.

Michel Joiret

* * *

Le titre s’accroche à l’agonie, angoisse des impossibles retours.

Oubli rendu inopérant… oubli, pardon.

Quel oubli ? Quel pardon ?

Colette Klein, dans ses écrits, redit à satiété la dévastation. Cette mémoire au visage marqué des corps inguérissables. A quoi bon courir, on ne peut pas partir.

Ni cœur, ni arbre simplement les oiseaux qui s’égosillent dans les frondaisons. D’ailleurs sur quel terreau les forêts poussent-elles ? « Les camps demeurent ouverts » « Il ne sert à rien de… »

Méchante ritournelle qui nous hante. Le texte d’une évidente beauté. « Des charniers remontent sans répit. »

ne sert à rien de briser les miroirs (Akhmatova).

La poésie est entrée dans le miroir Colette Klein nous prévient·: il est déjà trop tard. Néanmoins, elle ne cesse de « réapprendre le vide » et d’habiter ce mot considérant tout de même la progression des arbres et le cri des oiseaux dans le ciel.

[…]

C’est une poésie de l’effacement, de la disparition. Colette Klein est le gardien des fantômes.

Je ne résiste pas à citer la belle page 48·:

« Dans la forêt, je mène mes fantômes voir à la lumière diffuse des fougères. Je les enferme dans le premier arbre venu, éclaté sous les nuages.

Puis, j’incendie le chemin

afin que personne, jamais, ne sache que mon silence camoufle des mots et des mots, entassés comme des fagots inutiles.

[…]

En lisant ces beaux poèmes éprouvants et vivants, réalisé qu’il était encore plus difficile de mourir « avec » une raison que « sans » raison (y a-t-il même une raison quand il y en a une ?) Cette ignoble et impensable haine raciale qui a constitué la Shoah subsiste en ceux qui sont venus après et qui ont continué ou leurs enfants, survivants à la mémoire tuméfiée. Héritant de cela, n’ayant alors qu’un seul devoir de mémoire : « s’effacer dans le rien, disparaître, inhabiter la vie ». Ceux-là (Primo Levi) voudraient s’en détacher et tenter de vivre mais toujours façonnés, détruits, assassinés, brûlés, tués, gazés pour rien, mais non pas sans raison. Ne le peuvent.

Les arbres et les oiseaux demeurent et grandissent. Nuit achevée, silence qui ronge et dissout les anciennes peurs. Il faut résister à cela, pas de pardon à titre provisoire.

Paul de Brancion

Colette Klein

MÉMOIRE TUMÉFIÉE suivi de

LETTRES DE NARCISSE À L'ANGE

Poèmes

ISBN 978-2-35328-113-8

15,00 EUR

Mémoire tuméfiée** copie
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ÉDITINTER ÉDITIONS

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